Lentement c'est bien mieux

June 1, 2018

 

Maintenant huit mois que nous avons quitté le lac Champlain. Huit mois à naviguer la rivière Hudson, l’Intra-Coastal Waterway, l’océan Atlantique et les bancs des Bahamas. Quand on y pense, ça équivaut à environ trois ou quatre heures de vol. Quand-même, ça donne le vertige de comparer les deux. Dans le fond, quand on fait du moteur, on a le même ronronnement, les mêmes compartiments bagages, les turbulences, on a un peu plus d’espace pour les jambes par exemple, un système de communication radio comparable, un poste de pilotage un peu plus modeste mais quand-même… En repartant de Washington DC, on a vu se poser pas moins d’un avion de passagers (200 à 300 personnes) à toutes les 90 secondes. Pendant ce temps, nous, on avançait à sens inverse à la vitesse d’un vélo plutôt lent. Pourquoi on fait ça ? C’est un peu archaïque comme moyen de transport, non ? Et bien c’est précisément parce que c’est archaïque que c’est merveilleux !

 

Pourquoi on aime tant se retrouver au chalet durant les vacances ? Pour se retrouver ensemble et se rapprocher de la base. C’est exactement ce que nous vivons à bord de notre bateau. C’est certain que de vivre six à bord est parfois un défi, mais prendre le rythme du voyage en famille en aura assurément valu la peine. Des gens que nous avons croisés deux fois, à quatre mois d’intervalle, nous ont dit à la deuxième rencontre que nous avions maintenant pris le rythme des iles. J’ai reçu la remarque comme un compliment et un accomplissement.

 

Question géographie, honnêtement, je sais aujourd’hui que je ne connaissait pas grand chose de la côte est américaine. Je connaissais mal la répartition des états et je croyais à tors que tous les états côtiers se ressemblaient. Je ne parle même pas des Bahamas avec ses quelques 700 iles qui étaient pour moi une sorte de boite à surprise… Voyager aussi lentement qu’un joggeur (entre 10 et 15 km/h) m’a fait décortiquer le territoire et ses habitants comme aucun autre voyage n’aurait pu le faire. Mes enfants en savent aujourd’hui bien plus que j’en ai su pour une grande partie de ma vie sur les racoins des cartes, l’histoire des villes sur notre passage et leurs citoyens, etc. Ajoutez à ça quelques découvertes comme la ville d’Annapolis ou les gens d’Oriental par exemple, où je ne serais probablement jamais arrêté si je n’avais pas été en bateau, et vous comprendrez pourquoi lentement c’est bien mieux.

 

Depuis notre départ, nous avons vu des réactions de toutes sortes dans le regard des gens que nous avons croisé à six. De la nostalgie à la fascination en passant par l’étonnement et même quelques fois de la pitié. Bien que la majorité nous trouvait bien chanceux, quelques-uns nous considèrent misérables d’être réduit à vivre à six dans aussi petit. En plus on n’avance pas ! Et puis le bébé… Loin de moi l’idée d’essayer de convaincre nos détracteurs, mais c’est dire si ce mode de vie ne fait pas l’unanimité. Aujourd’hui, je peux déjà dire que c’est une des plus belles choses qu’il nous est arrivé en famille. Si plusieurs personnes nous rappellent qu’il faut préparer le retour à la réalité, je crois que j’ai plus peur de quitter la vie de bateau que de reconnecter avec notre vie terrestre. Je me souviens de Richard Séguin qui faisait l’éloge de la lenteur. Et bien maintenant je peux aussi dire que lentement c’est bien mieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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